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The Director-General

20 March 2014
“Le propre de l’homme: sur une légitimité menacée” (in French)

Allocution de Monsieur Michael Møller
Directeur général par intérim de l’Office des Nations Unies à Genève
“Library Talks” - Présentation du livre “Le propre de l’homme: sur une légitimité menacée” de Monsieur Rémi Brague

Salle des évènements de la Bibliothèque (B-135), Bâtiment B, 1er étage
Jeudi 20 mars de 16 heures à 17h30


Madame l’Ambassadeur de l’Uruguay,
Monsieur l’Observateur adjoint de l’Ordre de Malte,
Monsieur Rémi Brague,
Monsieur Philibert Secrétan,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis:

C’est un très grand plaisir pour moi de vous accueillir cet après-midi pour une nouvelle édition des « Library Talks » consacrée au dernier ouvrage du philosophe Monsieur Rémi Brague intitulé « Le propre de l’homme : sur une légitimité menacée ». Je remercie d’ailleurs très sincèrement Monsieur Brague de nous faire l’honneur d’être parmi nous aujourd’hui pour nous présenter son livre avant de se prêter au jeu des questions/réponses. Mes remerciements s’adressent également aux organisateurs de cette rencontre, la Mission permanente de l’Ordre de Malte à Genève et le Collège Universitaire Henry Dunant.

Cher Monsieur Brague, je dois avouer que le titre de votre ouvrage m’a interpellé. C’est donc avec une curiosité aiguisée que j’ai commencé ce voyage philosophique dans l’antihumanisme qui m’a transporté du Moyen Age arabe des « frères sincères » au XXe siècle d’Alexandre Blok et de Michel Foucault. Est alors posée la question centrale: quelle instance serait en droit d’affirmer la légitimité de l’humain et de contrer les menaces qui pèsent sur son existence?

En ce début de millénaire, les menaces sont en effet pléthoriques. L’humanité doit faire face aux risques climatiques, à ceux liés aux armes nucléaires ou biologiques, mais aussi à ceux engendrés par la perte des valeurs d’une société dans laquelle nombreux sont ceux qui ne s’y reconnaissent plus, voire ne s’y intègrent plus.

L’ONU a pleinement conscience de ces menaces et œuvre constamment pour que des actions concrètes soient mises en œuvre en faveur de la paix, des droits et du bien-être pour tous. Ces trois priorités constituent en effet les pierres angulaires de notre Organisation.

Nous avons pris la mesure de la situation et de la nécessité d’un nouveau paradigme qui permettrait de créer les conditions d’un monde pacifique et juste pour les générations futures. Le Secrétaire général des Nations Unies a d’ailleurs mandaté un Groupe de personnalités de haut niveau chargé du programme de développement pour l’après-2015 afin qu’il identifie les grandes réorientations transformatrices nécessaires. Le Groupe en a défini cinq : ne laisser personne de côté ; placer le développement durable au cœur du débat ; transformer les économies pour créer des emplois et favoriser un monde de croissance inclusif ; construire la paix et créer des institutions efficaces, transparentes et responsables pour tous ; et créer un nouveau partenariat mondial.

L’aspect commun de toutes ces mesures est qu’elles s’inscrivent dans un esprit de solidarité, de coopération et de responsabilité mutuelle qui doit devenir l’épine dorsal du programme pour l’après 2015. Ces mesures sont également inclusives : les gouvernements, mais aussi les personnes vivant dans la pauvreté, les femmes, les handicapés, la société civile, les communautés autochtones ou locales, le milieu des affaires, le milieu universitaire, le mécénat public, tous doivent pouvoir exprimer leurs opinions. Dans notre enceinte, ils sont invités à échanger et à entériner des décisions qui auront une influence sur la vie de chacune et chacun d’entre nous. Au moment où je m’exprime devant vous, des débats ont par exemple lieu, ici, au Palais des Nations, au sein du Conseil des droits de l’homme ; et il y a quelques jours encore se tenaient des réunions de haut niveau pour tenter de trouver des solutions aux crises syrienne et ukrainienne.

Notre priorité c’est l’humain, c’est chacune et chacun d’entre vous. Mais c’est un humain conscient, responsable et lui-même intégré dans un monde qu’il respecte et protège. Nous croyons que c’est à cette condition que l’humain légitime sa place dans le monde. Et c’est avec cette conscience et cette responsabilité que nous œuvrons, en pratique et chaque jour, pour l’humain.

Cher Monsieur Brague, vos nombreux écrits et déclarations, démontrent que nous avons en partage cette priorité. Afin de redonner toute sa légitimité à l’humain, vous appelez de vos vœux l’établissement d’un rapport à la transcendance. Vous prônez l’émergence d’une pensée du Bien et de la Providence pour que l’homme puisse « continuer à être, et à être ce qu’il est ». Mais comment y arriver ? C’est sur cette question qui taraude nombre d’entre nous que je conclurai mes propos et vous cède la parole pour des échanges qui promettent d’être captivants et mémorables. Merci beaucoup.